Le 20 août 2026, l’Agentic AI Foundation a annoncé que le protocole A2A, créé par Google, devenait l’un de ses projets hébergés, aux côtés de MCP, créé par Anthropic. Axios avait révélé l’information trois jours plus tôt.
Dit comme ça, c’est une nouvelle de gouvernance open source : le genre de sujet qui n’intéresse personne en dehors des développeurs. Sauf que si vous avez investi, ou si vous envisagez d’investir, dans un dispositif qui rend votre entreprise interrogeable par les assistants IA, cette annonce répond à la première question que nous pose tout dirigeant : « et si ça disparaît dans deux ans ? »
Ce qui s’est passé, exactement
Une précision d’abord, parce qu’elle saute presque toujours dans les reprises : Google n’a pas donné A2A à la Linux Foundation en août 2026. Il l’avait déjà fait le 23 juin 2025, à l’Open Source Summit de Denver, comme l’indique le communiqué de l’époque.
Ce qui vient de se produire est un rangement interne : A2A quitte le statut de projet autonome de la Linux Foundation pour rejoindre l’Agentic AI Foundation, la structure créée le 9 décembre 2025 précisément pour héberger les briques de l’IA agentique.
Cette fondation est née avec trois projets : le Model Context Protocol d’Anthropic, goose de Block et AGENTS.md d’OpenAI. Six cofondateurs, qui sont des concurrents directs assis à la même table : OpenAI, Anthropic, Google, Microsoft, AWS et Block. Elle est passée de moins d’une cinquantaine de membres à sa création à plus de 250 en moins d’un an, avec AWS, Anthropic, Block, Bloomberg, Cloudflare, Google, Microsoft et OpenAI au niveau platine.
Point important pour comprendre la portée réelle : chaque protocole garde ses mainteneurs, son processus de spécification et son calendrier de publication. Ce n’est pas une fusion technique, c’est une mise en commun de la gouvernance.
Les deux protocoles, en une phrase chacun
On les confond souvent, y compris chez des prestataires qui les vendent. Ils ne font pas la même chose.
MCP répond à la question « où sont les données ? » C’est le protocole par lequel un assistant IA se connecte à une source d’information ou à un outil : votre catalogue, vos horaires, vos contenus. Nous lui avons consacré un article entier.
A2A répond à la question « qui fait le travail ? » C’est le protocole par lequel un agent en découvre un autre, lui délègue une tâche et récupère le résultat. La découverte passe par une « carte d’agent », un fichier standard posé sur votre domaine, qui décrit ce que votre agent sait faire.
Un exemple pour fixer les idées. L’assistant d’un particulier qui cherche un couvreur utilise MCP pour lire vos prestations et votre zone d’intervention. Un agent chargé d’organiser un chantier complet, et qui doit obtenir un devis auprès de votre agent à vous, utilise A2A. Le premier lit, le second délègue.
Au bout d’un an, A2A est soutenu par plus de 150 organisations et intégré chez Google, Microsoft et AWS.
Pourquoi une gouvernance neutre change quelque chose
Le risque, quand on bâtit sur un protocole contrôlé par son créateur, n’a rien de théorique. Les dix dernières années du web sont un cimetière d’interfaces ouvertes puis refermées du jour au lendemain, quand leur propriétaire a changé de modèle économique. Ceux qui avaient construit dessus ont payé la facture, pas lui.
MCP et A2A étaient exactement dans cette position il y a un an : deux protocoles ouverts, mais dont l’un appartenait à Anthropic et l’autre à Google, deux entreprises en concurrence frontale. Rien n’empêchait l’une ou l’autre de refermer la porte, d’imposer ses conditions, ou simplement de se désintéresser du sujet.
Ce n’est plus le cas. Les deux relèvent désormais d’une fondation qui administre aussi Linux, Kubernetes et Node.js, avec des règles publiques et des concurrents autour de la table.
Attention à ne pas surinterpréter : cela ne garantit pas leur succès. Cela garantit que personne ne peut se les approprier seul. Ce n’est pas la même promesse, mais c’est celle qui compte quand on engage un budget sur plusieurs années.
Pourquoi c’est important pour nous, et donc pour nos clients
Autant l’écrire franchement : cette annonce nous soulage.
Bravok a pris un pari il y a un an, et ce pari était inconfortable. Nous avons construit chaque agent client sur les deux protocoles à la fois : un serveur MCP dédié par entreprise, et une carte d’agent A2A publiée à l’emplacement standard de son domaine. Autrement dit, nous avons misé en même temps sur la brique d’Anthropic et sur celle de Google, sans aucune certitude que les deux survivent, encore moins qu’elles cohabitent proprement.
Ce risque, le client ne le voyait pas et n’avait pas à le voir. Mais si le pari avait été perdu, c’est lui qui aurait tout refait.
Jusqu’ici, notre réponse à « et si ça meurt ? » ressemblait à un argument d’éditeur : regardez qui l’a adopté, regardez la vitesse. C’était vrai, et ça restait une opinion. Aujourd’hui, la réponse est vérifiable par n’importe qui sur le site de la Linux Foundation, sans nous croire sur parole.
Il y a un second effet, moins confortable pour nous et plus utile pour vous. Quand le tuyau devient un standard gouverné, il cesse d’être un avantage concurrentiel. La valeur se déplace entièrement vers ce qu’on met dedans, c’est-à-dire la qualité de la base de connaissances construite sur vos contenus réels. C’est exactement ce que nous écrivons depuis le début sur le prix d’un agent IA : le discriminant n’a jamais été la technologie.
Concrètement, voici ce qui tourne chez chaque client Bravok, et qui repose entièrement sur ces deux protocoles :
- un serveur MCP à son nom, exposant six outils (recherche dans ses contenus, informations d’entreprise, horaires, catalogue de prestations, liste de pages, demande de rappel) ;
- une carte d’agent A2A signée cryptographiquement, publiée sur son propre domaine, pour qu’un agent tiers puisse vérifier qu’elle vient bien de nous et pas d’un imitateur ;
- un point d’entrée A2A branché sur le même moteur conversationnel que l’agent du site, donc avec les mêmes réponses et la même base de connaissances ;
- une mesure séparée dans son tableau de bord, qui distingue les robots d’indexation des agents passant réellement par la passerelle.
Ce que cette annonce ne change pas
C’est la partie que peu de monde écrira, alors autant la mettre ici.
Ça n’amène pas un visiteur de plus. Une gouvernance saine ne crée pas de demande. Si personne n’interroge votre entreprise, un protocole bien administré n’y changera rien.
Ça ne règle pas la question des autorisations. Qui a le droit de faire quoi, au nom de qui, avec quelle traçabilité : ni MCP ni A2A ne tranchent, et Forbes le souligne explicitement. C’est le prochain gros chantier, et il n’est pas fait.
Ça ne rend pas ChatGPT et Gemini « compatibles A2A » du jour au lendemain. Les versions grand public de ces assistants lisent votre site comme un navigateur, en HTML. A2A s’adresse aux plateformes d’agents et aux intégrations sur mesure. La nuance est régulièrement gommée dans les argumentaires commerciaux, y compris chez nos concurrents.
Nos propres chiffres restent modestes. Sur notre parc, l’essentiel du trafic IA vient encore des robots d’indexation, pas des passerelles. Nous publions le détail, y compris ce qui ne nous arrange pas.
Ce que ça implique pour vous
Si vous hésitiez à cause du risque technologique, l’argument vient de beaucoup perdre en force. Il reste d’autres raisons parfaitement valables d’attendre : un site qui reçoit trop peu de visiteurs, des contenus incomplets, une priorité commerciale ailleurs. Ce sont de bonnes raisons, et nous les disons à des prospects qui repartent sans rien nous acheter.
Si un prestataire vous vend « du A2A » en promettant que ChatGPT appellera votre entreprise le mois prochain, demandez-lui simplement de vous montrer le client A2A en question. La réponse est instructive.
Si vous avez déjà un dispositif en place, vérifiez qu’il expose les deux protocoles et pas seulement un, et que votre carte d’agent est bien servie depuis votre domaine à vous. Une carte hébergée uniquement chez votre prestataire est introuvable pour un agent qui explore votre site.
Et dans tous les cas, la partie qui vous appartient ne change pas d’un iota : des contenus réels, à jour, lisibles par une machine. Aucune fondation ne la fera à votre place.
Vous pouvez vérifier tout ceci sans nous croire sur parole : notre propre carte d’agent est publique et signée, comme celle de chacun de nos clients. Pour le tableau d’ensemble, commencez par notre article sur MCP. Notre page Visibilité IA détaille la démarche, et notre agent répond à vos questions depuis la page contact.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'Agentic AI Foundation ?
C'est une fondation créée par la Linux Foundation le 9 décembre 2025 pour héberger les briques ouvertes de l'IA agentique. Elle est née avec trois projets : le Model Context Protocol d'Anthropic, goose de Block et AGENTS.md d'OpenAI. Elle compte aujourd'hui plus de 250 membres, dont AWS, Anthropic, Block, Bloomberg, Cloudflare, Google, Microsoft et OpenAI au niveau platine.
Quelle est la différence entre MCP et A2A ?
MCP répond à la question « où sont les données ». C'est le protocole par lequel un assistant IA se connecte à une source d'information ou à un outil, par exemple votre catalogue ou vos horaires. A2A répond à la question « qui fait le travail ». C'est le protocole par lequel un agent en découvre un autre, lui délègue une tâche et récupère le résultat. Le premier lit, le second délègue.
Google a-t-il perdu le contrôle de A2A en août 2026 ?
Non, il l'avait déjà cédé bien avant. Google a donné A2A à la Linux Foundation le 23 juin 2025. Ce qui s'est passé en août 2026 est un rangement interne : le projet rejoint l'Agentic AI Foundation, où se trouvait déjà MCP. C'est une mise en commun de la gouvernance, pas un premier abandon de contrôle.
Est-ce que ça veut dire que ChatGPT et Gemini vont appeler mon entreprise ?
Pas directement, et méfiez-vous de qui vous le promet. Le ChatGPT et le Gemini du grand public lisent votre site comme un navigateur, en HTML. A2A s'adresse aux plateformes d'agents, aux agents sur mesure et aux intégrations d'entreprise. Le canal existe et il est mesurable, mais il n'a rien d'automatique.
Faut-il attendre que tout se stabilise avant d'investir ?
C'est l'argument qui vient de perdre le plus de force. Le risque de miser sur un protocole abandonné ou refermé par son propriétaire était le seul vraiment sérieux, et la gouvernance neutre le réduit fortement. Les autres raisons d'attendre restent valables : un site sans trafic, des contenus incomplets, une priorité commerciale ailleurs.